L'expérience de vie des générations plus âgées

Aleksandr Shitik
Aleksandr Shitik

J’écris mes propres articles et livres, et je fais des critiques de films et de livres. Expert en cosmologie et astronomie, informatique, productivité et planification.

L'expérience de vie des générations plus âgées

Pour poursuivre le thème des préjugés, il convient de mentionner à part l'« expérience de vie » des générations plus âgées, que nous avons déjà abordée au chapitre précédent. Nous nous souvenons que, du point de vue de l'intervalle de temps vécu par nos parents et par nos grands-parents, ils ont vécu très peu et ont été en contact avec un nombre extrêmement faible de personnes. Il ne faut donc pas prendre au sérieux la phrase des générations adultes : « Avant, c'était mieux » ou « Avant, c'était autrement ». Cette phrase ne peut se rapporter qu'à un très petit laps de temps (0,00000058 % du temps d'existence de l'Univers).

Pour confirmer ou réfuter cette hypothèse, essayons de raisonner et d'évaluer les « pour » et les « contre » les plus répandus de l'expérience de vie des générations plus âgées.

Commençons, si vous voulez, par les choses et les conseils vraiment utiles. Les générations plus âgées peuvent en effet porter une sagesse considérable. La sagesse qu'il n'y ait pas de guerre, ou que nous nous habillions chaudement en sortant de la maison : ce sont des remarques et des souhaits tout à fait importants. Dans le premier cas, très probablement, vous n'êtes pas en mesure d'influencer quoi que ce soit ; dans le second, il vaut tout de même la peine d'écouter et de s'habiller vraiment plus chaudement. Car, comme le dit ma mère : « Mieux vaut transpirer trois fois que geler une seule ». Dans l'ensemble, les parents aussi bien que les grands-parents nous souhaitent toujours le meilleur, mais il est important de trier et de filtrer attentivement leurs conseils et leurs recommandations.

Passons maintenant en revue les critères qui indiquent pourquoi il ne faut pas toujours écouter l'avis des générations plus âgées :

1) Ils veulent toujours étendre de la paille sous leurs enfants et les dissuadent catégoriquement de tout événement dont la probabilité est ne serait-ce qu'un peu supérieure à un centième de pour cent. Un voyage dans un autre pays est pour eux un événement qu'il faut éviter tout court. Qu'est-ce que tu es allé oublier là-bas ? Et si dans ce pays il y a eu autrefois des tsunamis, des éruptions de volcans, ou s'il y a des animaux et des insectes dangereux, les nuits blanches à la valériane sont garanties pour les parents. On peut l'expliquer par le fait qu'ils s'inquiètent pour nous et essaient de réduire à néant tous les risques possibles. Et en même temps, de cette façon, ils tuent nos perspectives, en ne nous donnant pas la possibilité d'essayer quelque chose de nouveau, d'apprendre quelque chose de nouveau.

2) Et ce sont aussi des gens un peu mal préparés à la vie adulte. Ce sont des gens qui ont traversé des guerres ou sont nés juste après, dans les temps les plus affamés. Bien sûr, le monde qui les entourait et leurs convictions ont été construits autour de la faim, de la peur, de la mort, de la pauvreté. C'est pourquoi se forment chez eux des stéréotypes et des déformations de la réalité concernant des intervalles de temps plus longs, ou concernant d'autres endroits de la Terre où les choses vont mieux (ou peut-être plus mal). Cependant, les générations plus âgées ont aussi de sérieux problèmes dont elles ne se doutent souvent pas :
a) L'absence d'une éducation actuelle, ou d'éducation tout court. Dans l'un des chapitres, j'ai déjà écrit combien il est important de continuer à apprendre tout au long de la vie. Malheureusement, tous les adultes ne comprennent pas cette nécessité. Peut-être parce qu'à leur époque il n'y avait pas de temps pour cela, ou qu'ils ne savaient tout simplement pas que c'est important.
b) L'absence de culture financière. À l'école nous étudions les matières et les sciences les plus diverses, de la littérature à la chimie. Après l'école, outre les disciplines de notre spécialité, nous étudions la philosophie, la sociologie, la politique, l'économie et d'autres matières. Mais nulle part on ne nous apprend à compter l'argent, à en disposer, à le garder et à l'investir, à tenir un budget familial, ni ce qu'est un coussin financier de sécurité. Peut-être que dans certains pays la situation est autre, mais il ne m'est pas arrivé de rencontrer de pays où au moins une génération aurait suivi un cours de culture financière.
c) L'absence d'éducation médicale. Et ici je n'entends pas seulement les connaissances qu'il était vraiment difficile à nos grands-parents d'obtenir, mais aussi l'absence de désir de s'occuper de sa santé et d'aller chez le médecin. Le plus souvent, en cas de maladie, les gens vont à la pharmacie et achètent quelque chose qui, peut-être, n'aidera pas. Il faut mentionner tout particulièrement les examens de contrôle. Il est bien que, dans certains pays, l'État ait pris soin des gens et que, à l'embauche, ils soient obligés de passer un examen médical, de même qu'au renouvellement des contrats. Le mauvais, c'est seulement que dans beaucoup de polycliniques cela se fait juste pour la forme. Beaucoup de gens croient aux théories du complot selon lesquelles les pieds sont reliés à tous les organes et l'on peut, par eux, diagnostiquer et soigner les maladies. L'étude des points des organes sur les pieds s'appelle la réflexologie plantaire, mais les recherches scientifiques n'en confirment pas l'efficacité. J'imagine deux chirurgiens opérant la jambe d'une personne, et l'un dit : « Retiens ces vaisseaux, qui relient le pied à l'estomac et au foie. Ah, et retiens aussi la liaison avec la rate, sinon, si je la coupe, le pied perdra le contact avec l'organe ». Nous avons affaire à des gens qui n'ont pas lu de livres de médecine, ont une faible idée de la médecine moderne, se font examiner à contrecœur, ne préviennent pas les maladies, mais les soignent quand il est déjà trop tard.

Par ces points, je n'avais pas l'intention d'offenser les générations plus âgées ni de me moquer d'elles d'une façon ou d'une autre. Il existe une masse de raisons pour lesquelles les gens se sont retrouvés avec une éducation périmée, sans culture financière et sans intérêt pour la médecine. En même temps, je n'ai volontairement pas inclus dans cette liste un autre grand sujet : l'éducation des enfants, où, par exemple, beaucoup de parents ont inculqué aux enfants un état d'esprit tourné vers le donné, et non vers la croissance. Cependant, par comparaison avec les générations adultes, les jeunes n'ont en principe pas d'expérience de l'éducation des enfants et ont peu envie d'en avoir. Il n'est donc pas encore tout à fait clair comment nos générations élèveront leurs enfants.

Pour en revenir aux points mentionnés plus haut, je pense être parvenu à vous faire saisir le sens : l'avis des générations plus âgées mérite le respect, mais il ne faut pas toujours l'exécuter ni l'écouter. Leurs conseils et leurs souhaits, bien que sincères, reposent sur leur expérience personnelle et sur leurs convictions, qui à notre époque peuvent déjà être tout à fait périmés.

Вверх